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# Posté le mardi 31 juillet 2007 06:43

Viva Zapata !

Viva Zapata !
Emiliano Zapata Salazar dit El Caudillo del Sur (8 août 1879 - 10 avril 1919) fut l'un des principaux acteurs de la révolution de 1910 contre le président Porfirio Díaz, puis de la guerre civile qui suivit la chute et l'exil de celui-ci.
Ses origines et antécédents politiques


Zapata, de sang métis, est né à San Miguel Anenecuilco, village de l'État de Morelos, situé au sud de la capitale du Mexique. Il est le fils de Gabriel Zapata et de Cleofas Salazar.

À l'époque, le Mexique était gouverné par le général Porfirio Díaz qui accéda au pouvoir en 1876.

Après le départ de Santa Anna en 1855 une nouvelle constitution fut promulguée en 1857 par le congrès de prédominance juariste. Après une guerre de trois ans contre les conservateurs (1858-1860) les libéraux (juaristes) promulguèrent des lois de nationalisation des biens écclésiastiques qui dépouillèrent l'Eglise catholique des ses terres qui furent achetées à bas prix après la chute de l'Empire de Maximilien (qui protégeait personnellement le village d'Anenecuilco une des ses maitresses indigènes habitant non-loin) ), en 1867, par des spéculateurs issus des milieux juaristes libéraux vainqueurs et des propriétaires terriens. De plus cette nouvelle constitution ne garantissant plus la propriété collective des terres appartenant aux villages, les hacendados en profitèrent pour s'emparer peu à peu de la plupart d'entre elles, raflant au passage les petites et moyennes exploitations individuelles. En juin 1874 déjà, José Zapata, "gouverneur" d'Anenecuilco et natif de Mapaztlán, écrivait à Porfirio Díaz :

« Les plantations de canne à sucre sont comme une maladie maligne qui s'étend et détruit, et fait disparaître tout pour prendre possession de terres et encores de terres avec une soif insatiable »

Vers la fin du XIX s., 60% de la population mexicaine habitait à la campagne. Des élections devant avoir lieu en 1910, Díaz se représenta. Certains politiciens, vu le grand âge de celui-ci et la lassitude engendrée par une si longue période de pouvoir, tentèrent leur chance, comme le plus connu Francisco I. Madero, en qui les politiciens américains voyaient un successeur plus docile que Díaz.

La famille de Zapata, même si elle n'était pas riche, ne vivait pas non plus dans la pauvreté. Elle échappa au peonaje et put conserver ses propres terres (ranchero). En fait, les générations précédentes avaient été porfirista (partisans de Díaz). Zapata a d'ailleurs toujours eu la réputation d'un homme bien habillé, vêtu comme le voulait la classe sociale qu'il représentait, il ne s'agissait nullement d'être « costumé » en apparaissant aux corridas et rodéos habillé en charro, mais de se faire respecter. Bien que son attrait pour les beaux vêtements l'eût plutôt fait ressembler aux riches hacendados eux aussi des indigènes ou des métis mais la plupart de temps d'origine européenne qui contrôlaient les terres, bien que ceux ci affectionnaient une mode plus « parisienne », il conserva toujours l'affection voire l'admiration des habitants de son village, Anenecuilco, si bien qu'à l'âge de trente ans, Emiliano parvint à la tête du comité de défense, un poste qui fit de lui le porte-parole pour la défense des intérêts de son village.
A la veille de la Révolution

En 1908, Zapata s'engagea dans l'armée fédérale, qui comptait alors quinze mille hommes, chiffre très faible par rapport à une population évaluée à environ 11 millions de personnes.(Diaz avait cherché à diminuer le nombre et le pouvoir des militaires). Il servit comme palefrenier à l'État-Major du 7e bataillon, mais déçu par la décadence et l'impéritie qui y régnait, il décida de retourner à la vie civile.

Zapata s'impliqua dans la lutte des villageois spoliés par de puissants investisseurs mexicains et étrangers. Il supervisa alors la restitution pacifique des terres de certaines haciendas à leurs légitimes propriétaires. Vers le milieu 1910 il prit par la force des terres à Anenecuilco. Il fut alors acteur de nombreux conflits opposant les villageois entre eux et aux propriétaires souvent absents et aux gérants des haciendas, des planteurs de canne à sucre, à propos de l'accaparement des terres des villages et fut témoin des brutalités commises par les "rurales", police formée par des gens du crû mais au service des hacendados.

Durant de nombreuses années, il milita avec persévérance pour les droits des villageois. Il commença par établir grâce à des actes datant de la colonie espagnole les droits des paysans sur des terrains objets de disputes. Puis, il essaya convaincre le gouverneur de l'État de faire rendre les terres à leurs propriétaires légitimes, mais désolé par l'inertie dont faisaient preuve les autorités et par celle des tribunaux de la République qui, orgueilleusement, ne reconnaissaient pas les titres de propriété datant des rois d'Espagne, il s'arma pour prendre possession des terres disputées.


À cette époque, Porfirio Díaz était menacé par la candidature de Francisco I. Madero. Zapata s'allia alors à Madero (un démocrate libéral) qui passait pour celui qui permettrait un changement profond au Mexique. En janvier 1910 il fut mis en prison trois jours sous prétexte d'ébriété publique, mais en réalité pour l'obliger à retourner dans l'armée. Il ne fut libéré de servir qu'en mars par l'intervention d'un puissant hacendado Don Nachito de la Torre.
De l'aube de la révolution à la chute d'Huerta

En 1910, les troubles que subissait le pays conduisirent à la création de groupes de guérilleros. Zapata eut vite un rôle important dans ce mouvement, il fut nommé général d'une armée du Morelos par Francisco Madero ( Ejército Libertador del Sur , armée libératrice du sud).

Bien qu'étant presque illétré et n'ayant jamais lu ni écrit Zapata était en partie influencé par Ricardo Flores Magón, idéologue dont la pensée était un mélange d'anarchisme, de libéralisme et de socialisme (cf. Luis Pazos), originaire de l'État d'Oaxaca comme Porfirio Diaz. Ce qui déplut a certains révolutionnaires, Magón était considéré à l'époque comme traitre à son pays car jugé internationaliste et faisant s'imiscer de nombreux étrangers (dont des citoyens des USA) dans la politique et les conflits intérieurs. On peut trouver des traces de cette inspiration dans le plan zapatiste de Ayala (qui ne fut pas rédigé par Zapata.)

Les partisans de Zapata avaient pour slogan "Reforma Libertad Justicia y Ley" (Réforme, Liberté, Justice et Loi), utilisé dans leurs proclamations, monnaies et sur les documents émis sous leur autorité, et non pas comme on le croit ordinairement le slogan anarchiste de Flores Magon "Tierra y libertad".

La rencontre de Zapata avec l'anarchisme et le socialisme (auquels il n'adhéra pas car trop attaché à la propriété individuelle) se fit par l'intermédiaire d'un instituteur, Otilio Montaño, qui présenta à Zapata le travail de Pierre Kropotkine et Flores Magón à l'époque où Zapata commençait à participer au combat des paysans pour l'obtention de terres. Zapata était surtout un pragmatique, tous ceux qui pouvaient l'aider à récupérer les propriétés des villageois étaient les bienvenus..

Díaz fut renversé par Madero en 1911 suite au mouvement de rébellion de la classe moyenne représentée par Madero, qui entraina avec elle les paysans et une partie de la classe ouvrière. La classe moyenne fournit la plupart des cadres aux révolutionnaires, de l'armée de Francisco Villa qui récupéra des généraux fédéraux dont le célébre artilleur Felipe Angeles et avec la bénédiction des États-Unis qui s'empressèrent de reconnaître son gouvernement, pour mieux le trahir plus tard... Avec Madero, de timides réformes foncières furent entreprises et des élections devaient avoir lieu. Cependant, la position de Madero sur la réforme foncière ne satisfaisait pas Zapata et celui-ci fut incapable, malgré ses efforts assidus, de faire prendre conscience à Madero de l'importance du problème et de l'urgence qu'il y avait à agir en appliquant le plan d'Ayala. Finalement, après la nomination au Morelos d'un gouverneur appliquant la politique de Madero plutôt bénigne pour les propriétaires terriens et le manque de gestes encourageants en terme de politique foncière de ce dernier, Emiliano Zapata remobilisa l'Ejército Libertador del Sur.

Madero, effrayé, demanda à Zapata de désarmer et démobiliser ses troupes. Zapata répondit que si les villageois de Morelos ne parvenaient pas à faire valoir leur droits par les armes, ils ne le pourraient pas non plus désarmés et sans aide. Madero envoya l'armée et plusieurs généraux très compétents (dont Huerta qui était lui même un indigène et qui connaissait très bien ses adversaires) afin d'essayer de neutraliser Zapata mais sans succès.

Peu après,le président Madero, ainsi que le vice-président Pino Suárez furent démis et assassinés par ordre de Victoriano Huerta. L'armée fédérale continua de combattre les partisans de Zapata. Une nouvelle force apparut dans le Nord, les Villistas du général Francisco Villa, composée principalement d'anciens partisans de Madero et encadrée par des militaires de carrière formés dans les meilleures écoles européennes. Zapata hésitait à rencontrer Villa suite au rejet par ce dernier du plan d'Ayala.

Les conservateurs de la capitale et ses opposants en général avaient surnommé Zapata « l'Attila du Sud ».

L'opposition à Huerta connut son apogée avec Venustiano Carranza qui s'était proclamé primer jefe et qui dirigeait une faction constitutionnaliste à laquelle Zapata et Villa adhérèrent. Huerta qui n'avait pas le soutien des USA fut rapidement renversé par ces forces militairement puissantes. Suite à sa défaite, les constitutionnalistes mirent en place une convention chargée de constituer le nouveau gouvernement. Zapata refusa d'y assister arguant qu'aucun des conventionnels n'avait été élu. Les chefs de Morelos envoyèrent à la place une délégation pour présenter le plan d'Alaya et observer la tenue de la convention.

# Posté le mardi 31 juillet 2007 07:03

Ricardo flores magon (à gauche)

Ricardo flores magon (à gauche)
Ricardo Flores Magón, le plus radical des trois frères, est né à San Antonio Eloxochitlán dans l'Oaxaca, au Mexique le 16 septembre 1873. Fils d'une humble famille et de tradition libérale, il a entamé la carrière d'avocat qu'il n'a pas terminé. En 1893, il a pris part aux troubles estudiantins qui manifestaient contre la troisième réélection à la présidence du Mexique du Général Porfirio Díaz, cette même année il entamera la publication d'un périodique d'opposition appelé le Démocrate .

En 1900, Ricardo et ses frères Enrique et Jesús fondent Regeneración, journal de tendance anarchiste, qui devient la tribune depuis laquelle ils attaquent la dictature du Général Díaz, ce qui donne comme conséquence l'emprisonnement de Ricardo. En 1901, Ricardo participe au premier congrès de Clubs libéraux à San Luis Potosí où il attaque rudement le gouvernement en place. Il s'en suit la suppression du journal et une deuxième incarcération. En 1902, il prend en charge la publication d'El hijo del Ahuizote, journal antiporfiriste, il en résulte un autre séjour en prison pour Ricardo, puis son expulsion du pays en 1904.

Exilé aux États-Unis, il reprend l'édition de Regeneración et fonde le Parti libéral mexicain en juillet 1906, avec Juan Sarabia, Antonio I. Villarreal, Librado Rivera, Manuel Sarabia, Rosalío Bustamante et son frère Enrique.

Dans la déclaration de principes du nouveau parti il y a des idées bien révolutionnaires pour l'époque : suppression de la réélection, abolition de la peine de mort pour les prisoniers politique et de droit commun, éducation élémentaire obligatoire jusqu'à l'âge de 14 ans, création d'un salaire minimum, expropriation des latifundia et des terres en jachère ainsi que la régulation des journées de travail. Les v½ux présents sur le programme du PLM seraient plus tard repris par les hommes et femmes qui prendraient les armes en 1910 contre la longue dictature de Díaz et se battraient dans la Révolution mexicaine, la premièra du XXe siècle. Les principes du Parti libéral mexicain font partie de la législation mexicaine appliquée actuellement.

Au début de la Révolution, Francisco I. Madero l'invite à participer dans le mouvement, mais Ricardo Flores Magón rejette l'offre puisqu'il considère que la lutte à la tête de laquelle est Madero est une rébellion bourgeoise qui manque de propositons de type social. Les années d'après, Ricardo a des contacts avec Pancho Villa et Emiliano Zapata sans faire d'alliance avec eux.

En janvier 1911, à Los Angeles il planifie l'invasion de la Basse-Californie ayant pour but son indépendance et la création d'une république socialiste, il y a pourtant des historiens qui rejettent cette version.

Après plusieurs escarmouches armées, les rebelles prennent les villes naissantes de Mexicali et Tijuana soutenus tout le temps par des anarchistes de diverses nationalités, des américains la plupart. Cela est le principal reproche que lui font certains historiens mexicains pour qui Ricardo est un traître à la patrie. Les insurgés, que le gouvernement appelle flibustiers, sont battus quelques mois après le début de l'invasion; cela marque la fin du rêve d'établir la première république socialiste au monde.

Sept ans plus tard, il publie avec Librado Rivera un manifeste dirigé aux anarchistes du monde, manifeste qui motive leur emprisonnement et condamnation à 20 de prison accusés de sabottage à l'effort de guerre des États-Unis, qui participaient alors à la première guerre mondiale. Ricardo est conduit à la prison de McNeil island, dans le Washington puis, gravement malade, transféré à celle de Leavenworth, Kansas où meurt le 21 novembre 1922. D'après son camarade Rivera, il a été assassinné. Ses dépouilles mortelles reposent à la Rotonda de los Hombres Ilustres, sorte de Panthéon, à Mexico.

# Posté le mardi 31 juillet 2007 07:09